La loi EGALIM vise à rémunérer plus justement les agriculteurs tout en améliorant la qualité des produits dans nos assiettes.
- En restauration collective : elle fixe un objectif d’au moins 50 % de produits durables/qualité dont 20 % bio, et prévoit une réduction progressive de certains plastiques.
- Elle encadre aussi la guerre des prix sur l’alimentaire (promotions plafonnées) et renforce les démarches de lutte contre le gaspillage (don des invendus, obligations élargies).
- EGALIM 2–3 renforcent le cadre des négociations et la protection du revenu agricole, notamment via plus de contractualisation.
Savez-vous réellement si la loi EGALIM a un impact sur le prix de votre caddie ou le salaire des producteurs ?
Ce dispositif légal change les règles du jeu pour tenter d’équilibrer les relations entre la grande distribution et le monde agricole.
Nous vous expliquons ici comment ces mesures modifient concrètement notre quotidien, de la limitation des plastiques au contenu de l’assiette de nos enfants.
Loi EGALIM : les bases pour comprendre
Derrière l’acronyme, une promesse : la juste rémunération
La loi EGALIM, votée en 2018, découle des « États généraux de l’alimentation ». Son ambition première est de rééquilibrer le rapport de force entre les agriculteurs et la grande distribution.
Son nom complet ? « Loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous ».
Le point principal : inverser la construction du prix.
Concrètement, la logique est que le prix de vente s’appuie sur des indicateurs de coûts de production pour servir de base à la contractualisation et à la négociation. Une tentative de sortir de la logique où l’acheteur impose ses conditions.
💡 Le texte cherche aussi à renforcer la capacité de négociation des agriculteurs, notamment via les organisations de producteurs et les interprofessions.
Les grands objectifs affichés par EGALIM
Au-delà de la simple question du revenu, la loi vise une alimentation de meilleure qualité pour tous. Elle se veut plus saine, plus durable et plus respectueuse.
Voici les piliers de cette réforme ambitieuse :
- Payer le juste prix aux producteurs agricoles pour qu’ils puissent enfin vivre dignement de leur travail.
- Améliorer la qualité sanitaire, environnementale et nutritionnelle de l’alimentation.
- Favoriser une alimentation saine et durable accessible au plus grand nombre.
- Réduire certains plastiques en restauration collective, selon des échéances progressives.
- Renforcer le bien-être animal, notamment via davantage de contrôles et de transparence.
Ce qui change dans les rayons
Les promotions très agressives sont désormais beaucoup plus encadrées.
Les offres type « un acheté, un gratuit » (souvent équivalentes à -50 %) sont limitées : les remises sur l’alimentaire sont plafonnées à 34 %, avec aussi un encadrement en volume sur l’année, avec quelques exceptions selon les produits.
Autre mesure : le relèvement du seuil de revente à perte via le mécanisme SRP +10 (soit +10 %). L’idée est de limiter certaines stratégies de prix très bas sur l’alimentaire pour calmer la guerre des prix.
💡 En clair : un supermarché ne peut plus autant « casser » les prix sur l’alimentaire juste pour attirer du monde, ce qui évite de tirer toute la filière vers le bas (producteurs compris).
Ce qui change dans notre assiette et notre poubelle
Moins de plastique, une évidence devenue obligation
Plutôt qu’une seule loi, c’est une trajectoire globale : certaines mesures concernent la restauration collective (EGALIM), et d’autres viennent de la réglementation anti-plastique (AGEC), avec des interdictions mises en place progressivement.
Vous avez sans doute remarqué la disparition de certains objets. Parmi les principaux :
- Les pailles et touillettes en plastique.
- Les couverts jetables et certaines assiettes jetables.
- Les tiges pour ballons (et plusieurs accessoires de fête).
- Les boîtes en polystyrène expansé (type boîte à kebab).
💡 À noter : en restauration scolaire/universitaire et petite enfance, les contenants plastiques de cuisson, réchauffage et service sont interdits depuis le 1er janvier 2025 (avec des dérogations précisées par décret).
Qualité et transparence : qu’est-ce qu’on mange vraiment ?
EGALIM pousse en particulier la restauration collective à intégrer davantage de produits sous signes officiels de qualité (Label Rouge, AOP/IGP…) et du bio, pour donner des repères plus clairs sur l’origine et la qualité.
La lutte contre le gaspillage alimentaire s’organise
Le gaspillage est un non-sens économique et écologique.
Pour le réduire, la loi Garot a imposé une règle simple : les commerces alimentaires de plus de 400 m² doivent proposer une convention de don pour leurs invendus encore consommables.
Cette obligation a ensuite été élargie dans le cadre d’EGALIM à certains acteurs, notamment la restauration collective au-delà de 3 000 repas/jour et les industries agroalimentaires au-delà de 50 M€ de chiffre d’affaires.
L’objectif est de favoriser le don plutôt que la destruction. C’est une étape de plus vers une chaîne alimentaire plus vertueuse.
Le cas de la restauration collective : la cantine se met au vert
Mais l’un des plus gros chantiers d’EGALIM, c’est sans doute la transformation des repas servis en collectivité, des écoles aux entreprises.
Des objectifs chiffrés pour des assiettes plus durables
C’est ici que la loi EGALIM est la plus directive. Depuis le 1er janvier 2022, les restaurants collectifs assurant un service public doivent respecter des objectifs chiffrés d’approvisionnement.
| Type de produits | Quota minimum obligatoire |
|---|---|
| Produits durables et de qualité (SIQO, HVE, Pêche durable…) | 50% de la valeur totale des achats |
| Produits issus de l’agriculture biologique | 20% de la valeur totale des achats (inclus dans les 50%) |
| Viandes et poissons durables/qualité | 60% des achats de viandes/poissons (depuis 2024) |
Note : cet objectif “viandes & poissons” est porté à 100% pour la restauration collective de l’État.
« Ma cantine » : l’outil pour suivre et déclarer
Pour s’assurer que ces objectifs ne restent pas théoriques, le gouvernement a mis en place une plateforme numérique : ma cantine.
Elle permet aux gestionnaires de télédéclarer chaque année leurs données d’achats.
La plateforme sert à la fois d’outil de suivi pour atteindre les seuils et de base de pilotage (et de vérification) pour les services de l’État. La transparence est de mise.
Et le privé dans tout ça ?
Initialement, ces contraintes visaient surtout la restauration collective assurant un service public.
Mais depuis 2024 et la loi Climat et Résilience, la restauration collective privée (notamment les cantines d’entreprises) est aussi concernée.
Elle doit désormais atteindre les mêmes objectifs :
- 50 % de produits durables et de qualité,
- dont 20 % de bio.
La transition est en marche pour tous, même si les défis logistiques sont réels pour s’approvisionner en produits locaux.
Est-ce que les restaurants sont soumis à EGALIM ?
Pas au sens où on l’entend le plus souvent. Un restaurant classique (brasserie, bistrot, restaurant indépendant…) relève de la restauration commerciale et n’est pas soumis aux quotas EGALIM.
EGALIM vise surtout la restauration collective : cantines scolaires et universitaires, hôpitaux, EHPAD, cantines d’entreprises.
Côté restauration commerciale (restauration sur place, traiteurs…), les obligations ne sont pas les mêmes, mais les enjeux d’approvisionnement (qualité, traçabilité, gestion des volumes) restent centraux.
D’où l’existence de gammes de produits pour la restauration commerciale, adaptées à ces contraintes.
🧑🍳 Et c’est plutôt une bonne nouvelle, car même si j’adore cuisiner, j’aime aussi pouvoir bien manger dehors.
EGALIM 1, 2, 3 : bilan et défis d’une loi en évolution
EGALIM 2 et 3 : pourquoi la loi a dû être renforcée
La première version de la loi (EGALIM 1, 2018) a rapidement montré des limites : sur le terrain, beaucoup d’acteurs ont jugé que la rémunération restait insuffisamment protégée, et que le rapport de force dans les négociations demeurait déséquilibré.
Le législateur a donc dû revoir sa copie pour protéger nos fermes avec des mesures correctives :
- La loi EGALIM 2 (2021) a renforcé la non-négociabilité de la part de matière première agricole dans le tarif de certains produits
- En clair : la négociation ne peut pas porter sur cette part agricole (dans les cas prévus), afin de mieux protéger la rémunération en amont.
- Elle a aussi renforcé la contractualisation écrite (souvent pluriannuelle) dans plusieurs filières, pour mieux cadrer la relation entre producteur et premier acheteur
- EGALIM 3 (2023) a poursuivi ce rééquilibrage en renforçant certaines règles dans les relations entre industriels fournisseurs et grande distribution.
Les critiques sur le terrain : entre espoirs et déceptions
Sur le papier, l’intention est évidemment bonne, mais dans les faits, le bilan est mitigé.
De nombreux agriculteurs estiment que la loi n’a pas suffi à stopper la pression sur les prix bas. Les contournements existent toujours et la grande distribution garde un pouvoir immense.
Côté consommateurs, le débat reste vif : certains estiment que l’encadrement des promotions peut peser sur le pouvoir d’achat, tandis que d’autres y voient une façon de limiter la guerre des prix.
🧑🍳 Ça va dans le bon sens, mais une loi ne suffit pas à régler d’un coup des décennies de déséquilibres.
Bien-être animal et transparence : les autres avancées
On l’oublie parfois, mais EGALIM a aussi un volet sur le bien-être animal.
L’expérimentation du contrôle vidéo dans les abattoirs volontaires en est un exemple concret. L’objectif affiché est de limiter les actes de maltraitance.
La transparence est aussi un enjeu, notamment via la télédéclaration sur la plateforme ma cantine, qui permet de suivre les objectifs en restauration collective.
EGALIM bouscule donc les codes pour redonner de la valeur à notre alimentation, du champ à l’assiette. 🌾 Si la loi pose le cadre légal, c’est aussi à nous de jouer !
En choisissant mieux nos produits au quotidien, nous devenons acteurs de ce changement pour une agriculture plus juste et durable.
Voir les sources ▾
- https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000037547946/
- https://ma-cantine.agriculture.gouv.fr/v2/comprendre-mes-obligations
- https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051058924
- https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000037800722
- https://agriculture.gouv.fr/egalim-comprendre-le-seuil-de-revente-perte-et-lencadrement-des-promotions
- https://www.economie.gouv.fr/actualites/encadrement-promotions-produits-hygiene-entretien-egalim
- https://agriculture.gouv.fr/lutte-contre-le-gaspillage-alimentaire-les-lois-francaises
- https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000039248716/
- https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000044220683
- https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000047377284
Dernière vérification des sources : 14/01/2026.


